Le saviez-vous ? « Quand la prothèse dépasse son rôle fonctionnel : accessoires de mode et œuvres d’art »

publié le 30 août 2018

Nous avons résumé l’histoire de la prothèse de la Préhistoire et l’Égypte Antique jusqu’à aujourd’hui dans l’article précédent. (lien vers l’article Le saviez-vous ? « Petite histoire de la prothèse »)

Après de nombreuses évolutions, les technologies et innovations actuelles permettent de rendre les prothèses de plus en plus fonctionnelles et de plus en plus légères et discrètes, voire quasiment invisibles.

Pourtant, plutôt que de chercher à la dissimuler, certains porteurs de prothèse font le choix de la mettre en avant, de la valoriser.
D’après les témoignages, bien souvent, leur but est de changer le regard sur leur handicap, et de porter au quotidien quelque chose dont ils sont fiers plutôt que dont ils ont honte. C’est ainsi que leur prothèse se transforme en accessoire de mode, voire en véritable œuvre d’art !

Du côté des prothèses auditives, de nombreux créateurs les transforment en bijoux. Si on peut penser que la prothèse auditive est relativement simple à cacher, notamment derrière les cheveux longs, ces créateurs font le pari de proposer quelque chose d’esthétique et original.
Ornée de fleurs inspirées de la flore polynésienne, design futuriste, customisée maison avec des images de dessin animé ou d’équipe de sport pour les enfants … ; de l’amateur au créateur de mode professionnel, en passant par l’autoentrepreneur qui propose son travail en petit nombre, il y en a pour tous les goûts et à tous les prix.

Les innovations technologiques récentes ont effectivement fait baisser les prix de manière très significative. C’est ainsi qu’avec l’apparition de l’impression 3D, des enfants se sont transformés en super-héros au bras bionique ou au gant de la Reine des Neiges et ont fait l’admiration de leurs camarades de classe.

Bien sûr, avant leur rôle esthétique et ludique, on n’oublie pas que le but premier de ces prothèses est d’être fonctionnelles. L’impression 3D permet à des associations et des ONG de proposer une solution quasi-immédiate aux personnes amputées sur les zones de guerre, aux enfants sur des territoires défavorisés, ou encore des prothèses sur mesure à des enfants en pleine croissance dont les parents ont de faibles moyens et qui se retrouvent souvent avec des prothèses de taille non adaptée, pouvant causer inconfort et problèmes de santé.

Cette personnalisation des prothèses a créé un certain engouement au moment des épreuves d’athlétisme des Jeux Paralympiques de Londres en 2012. Arnaud Assoumani, champion paralympique de saut en longueur, y arbore une prothèse à l’avant-bras en forme de frelon géant et aux lignes très esthétiques.
L’athlète souhaite raconter une histoire et briser les préjugés sur le handicap et le handisport. Cette prothèse n’est plus la représentation de son handicap, mais elle fait de lui un super-héros, qui, à l’image de Spiderman, aurait été piqué par un frelon qui lui aurait transmis des super-pouvoirs et fait de lui un champion d’athlétisme !

« J’ai fait ça aussi pour casser les clichés, provoquer dans un sens positif et créatif. Si au bord de la piste un gamin dit ‘cette prothèse est trop belle, elle déchire’, le pari est gagné ! » Arnaud Assoumani

Arnaud Assoumani n’est pas le seul à médiatiser ainsi la prothèse. En 1999, Aimee Mullins, athlète, actrice et mannequin américaine amputée sous les genoux à l’âge d’un an, défile pour un couturier britannique avec des prothèses à talons en bois finement sculptées de motifs végétaux et assorties à ses vêtements. La prothèse devient alors très élégante et constitue un élément à part entière de sa tenue. Aimee Mullins en est convaincue : les prothèses elles deviendront un effet de mode.

Effet de mode ou non, des galeries d’art ont reconnu leur potentiel artistique. Une exposition entière de prothèses intitulée « Spare Parts » (« pièces détachées » / « pièces de rechange » en anglais) a été présentée à Brisbane et à Londres entre 2010 et 2013. Priscilla Sutton, l’artiste à l’origine de l’exposition et rejointe par d’autres, est elle-même amputée et a cherché à « recycler » et à mettre en avant les prothèses usagées pour faire réfléchir les visiteurs sur la représentation du handicap.

Invisibles ou valorisées par leur apparence, les prothèses n’en restent pas moins de plus en plus efficaces et innovantes, suivant les évolutions scientifiques et technologiques.

Nécessité pour certains, la prothèse permet aussi d’aller plus loin, au point d’augmenter les capacités humaines. Et dépassant encore le statut d’œuvre d’art évoqué précédemment, elle permet même maintenant de créer des œuvres d’art.
C’est le cas de Neil Harbisson, compositeur et peintre britannique qui depuis sa naissance ne peut voir qu’en noir et blanc. En 2004, il se fait installer une caméra directement sur le crâne pour palier à son handicap, celle-ci émet des signaux sonores d’intensités et de tonalités différentes pour chaque couleur, le dispositif est amélioré au point de pouvoir « entendre » et donc percevoir les ultraviolets et les infrarouges. L’artiste se sert de ce procédé se rapprochant de la synesthésie pour créer : il peut composer de la musique en fonction des couleurs (le morceau correspondant à un tableau célèbre par exemple) ou créer des tableaux à partir de pièces musicales.

Si cela peut être simplement vu comme une performance artistique, la question qui se pose est éthique. Neil Harbisson a obtenu que sa caméra apparaisse sur ses papiers d’identité, comme faisant réellement partie de lui-même et revendique un statut de « cyborg ».

en anglais : « Instead of using technology or wearing technology constantly, we will start becoming technology. »
traduction : « Plutôt que de sans cesse porter ou utiliser la technologie, nous allons commencer à devenir nous-même la technologie » Neil Harbisson

A partir de là, le débat est lancé : jusqu’où ces augmentations des performances humaines peuvent-elles aller et où doivent-elle s’arrêter ?

Pour aller plus loin …

Le saviez-vous ? Petite histoire de la prothèse

Bibliographie de la plateforme sur les prothèses :

Homo Erectus, de Philippe Fourny
– Les Jeux Olympiques en anecdotes et dessins