le saviez-vous ? « Handicap au cinéma 1 : aux débuts du cinéma fantastique »

publié le 01 février 2017

Le cinéma, reflet du monde et des sujets de société …
L’image du handicap véhiculée dans les films n’a eu de cesse d’évoluer.

A ses débuts, le cinéma de divertissement était une attraction de foire, souvent itinérante. La lanterne magique, projecteur d’images colorées, attirait nombre de spectateurs à la recherche d’images fascinantes et terrifiantes. Dans la continuité de cet environnement de foires et de cirques de monstres, les premières images de monstres font leur apparition au cinéma : des squelettes, des diables, mais également des visages difformes, des bossus et des estropiés. C’est le « monstre » dans le premier sens du terme : celui « dont la morphologie est anormale » (sic. CNRTL : Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales), et dans son sens étymologie : celui qu’on montre. Le « monstre » des premiers temps du cinéma et des premiers films est donc celui qu’on montre du doigt et c’est bien pour cela que viennent les spectateurs : comme dans les cirques, par voyeurisme et pour se faire peur face à ces figures « monstrueuses » qui annoncent le début du cinéma fantastique et du cinéma d’horreur et tracent les contours des figures emblématiques du genre.

Les déficiences psychiques construisent également l’imagerie du fantastique et de l’horreur, notamment avec la figure du savant fou, particulièrement exploitée dans les premières années du cinéma et jusqu’aux films d’après-guerre. Ce sont alors des rôles de « méchants ». Comme dans Le Cabinet du Dr Caligari, film allemand de 1920, réalisé par Robert Wiene, l’asile est un lieu dangereux, le savant fou, pas moins dangereux et mégalomane. Autant de thèmes et de codes qui ont contribué à construire le genre du fantastique. Comme le « monstre », le « fou » fait peur, et alimente l’imaginaire du spectateur avec l’idée que la différence est dangereuse.

La figure du monstre a aujourd’hui évolué, mais cette vision du handicap continue d’accompagner pendant longtemps le cinéma fantastique et en constitue un des codes majeurs. Le monstre est l’image de l’inconnu, de la peur, il dérange.

En 1932, Freaks, La Monstrueuse parade, de Tod Browning (« freaks » signifie « monstres » en anglais) amène à s’interroger sur ces représentations. Le film raconte l’histoire d’une troupe de cirque dans les années 30, dont une grande partie est constituée de personnes atteintes de malformations physiques : nanisme, difformité du visage, sœurs siamoises …, autant de personnages interprétés par des comédiens réellement en situation de handicap.
Ces personnages sont exhibés pour le plaisir des spectateurs, et moqués à la fois par les visiteurs du cirque que par les artistes « valides » qui le composent. Qualifié de film « horrifique », Freaks est pourtant l’un des premiers films à montrer l’humanité de ces « monstres » : leurs rêves, leurs sentiments, leurs émotions, dont certains spectateurs les pensent dénués. Cependant, à sa sortie, le film choque les spectateurs qui le trouvent trop terrifiant. Le recours à de véritables comédiens atteints de malformations au lieu d’utiliser des trucages amène à un résultat trop réaliste pour le public, qui ne peut plus se cacher derrière la fiction.

En 1980, David Lynch reprend cette thématique avec Elephant Man, inspiré de la vie de Joseph Merrick, phénomène de foire en raison de la difformité de son corps. Ici aussi, le film met l’accent sur la personnalité de cet homme, et dénonce les pratiques de ceux, que ce soit dans les foires ou pour la science, l’exhibent et le considèrent comme un animal sans aucune humanité.

Ces deux films, aujourd’hui devenus cultes, en redonnant leur humanité à ces personnages en situation de handicap et en soulignant le rejet et l’exclusion sociale dont ils sont victimes, ont contribué à faire évoluer l’image du handicap au cinéma.

Pour aller plus loin :

  • Les monstres au cinéma, d’Eric Dufour, aux Éditions Armand Colin, 2009
  • The Cinema of Isolation: A History of Physical Disability in the Movies (ouvrage en anglais : Le cinéma de l’isolement : Histoire des handicaps physiques dans les films), de Martin Norden, Rutgers University Press, 1994.
  • Cinéma fantastique et de SF: Essais et données pour une histoire du cinéma fantastique 1895-2015, de Alain Pelosato, sfm éditions, 2016